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Historique du département

Celui de l'Université de Strasbourg est l'un de plus anciens et prestigieux départements d'études italiennes de France. A Strasbourg, les débuts de l'histoire de l'enseignement universitaire de l'italien datent de l'époque de l'occupation allemande, lorsque commence la glorieuse (et, hélas, désormais disparue) saison "romaniste" strasbourgeoise. Si, pour des raisons documentaires, il n'est pas aisé de reconstituer la vie de l'italianisme strasbourgeois avant la fin de la première guerre mondiale, en revanche, grâce à la richesse des archives, il est possible de connaître l'évolution des études italiennes à partir de 1919, année où l'Alsace redevient "française". Monsieur Erik Pesenti Rossi a justement consacré une étude à la période allant de 1919 à 1958. Dans ce qui suit, vous pouvez lire cette étude dans son intégralité.

Les Etudes Italiennes à Strasbourg 1919-1958 (Erik Pesenti Rossi)

Il y a plus de 10 ans déjà, M. David, dans sa Chronologie des Etudes Italiennes en France au XXe siècle (1), rappelait l'importance des marches de l'Est et en particulier de l'Alsace dans la diffusion et la pénétration des cultures méridionales à l'intérieur de la France. En effet, c'est un Stéphanois, Claude Fouriel (1778 - 1844), qui, le premier, occupe, en 1821,la chaire de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Paris. L'Italie et sa culture eurent leur part dans son enseignement. Un lyonnais, F. Ozanam (1813 - 1853), lui succéda, et privilégia, à partir de 1842, la littérature italienne. (2) En ce qui concerne notre région, c'est un alsacien, Emile Gebhart (1835 - 1908), qui devient le premier titulaire de la chaire de langues et littératures de l'Europe méridionale créée le 30 décembre 1879 pour la Faculté des lettres de Paris. Encore une fois, "c'était de l'Est que nous venait la lumière méridionale"(3). - "C'est une sorte de loi" poursuivait Michel David "dans les percées des auteurs italiens en France, aujourd'hui encore, que ce soient souvent des revues ou des éditeurs des marches alsaciennes, suisses ou provençales qui participent les premiers à ces découvertes ". (4) La Provence et le Sud-Est de notre pays ont un rôle prépondérant dans la diffusion de la langue et de la culture italienne en France ; cela est bien commun et relève presque du lieucommun (5). Des raisons plus partisanes et affectives veulent que je m'attarde plus longuement sur l'Alsace et en particulier sur l'histoire du Département des Etudes Italiennes de la Faculté des Lettres de Strasbourg.

Le contexte actuel et le cadre des locaux "modernes" mais austères et anonymes dans lequel évolue le DEI depuis une trentaine d'années laissent difficilement deviner ce que put être son passé. Cependant certains indices subsistent, des témoins qui sans cesse semblent requérir notre attention et nous rappeler que ce passé existe bel et bien, qu'il est beaucoup plus riche et passionnant que les premières apparences ne le laissent supposer. Car, enfin, les collections
complètes de La Critica, des Etudes Italiennes, de la Revue des Etudes Italiennes, de La Cultura ou du Bulletin de la Faculté des Lettres (6), sans compter les ouvrages, parfois fort anciens, italiens et consacrés à l'Italie et à sa culture, qui couvrent les rayonnages du bureau des enseignants, ne sont-ils pas autant de témoins de périodes passées assez fastes, d'une histoire, certes mouvementée (7), mais où s'est perpétuée une certaine tradition?
Naturellement, l'Alsace, Reichsland allemand entre 1871 et 1918, ne profita pas directement et immédiatement du développement des Etudes Italiennes en France qui connut son véritable essor à partir des vingt dernières années du XIXe siècle (8).
Il existait, avant 1919, à l'Université Kaiser Wilhem de Strasbourg (9), un Séminaire de philologie romane qui regroupait l'étude des langues française, provençale, italienne, espagnole et portugaise (10). Au sein de la Nouvelle Faculté des Lettres de Strasbourg, instaurée le 15 janvier 1919, fut crée l'Institut de langues et littératures italiennes et espagnoles en remplacement du Séminaire allemand (11). Si l'on ignore le nombre des étudiants inscrits à cet Institut, l'on peut tout de même rappeler que dès 1919/20 la Faculté des Lettres comptait 350 étudiants (550 en 1920/21 ; 546 en 1921/22) (12). A sa création, la bibliothèque de l'Institut comptait 500 volumes mais rapidement son fonds s'élève à 3000 volumes dès 1925, grâce à de nombreux dons du Gouvernement espagnol, de la Chambre des députés italiens, de l'Institut français de Florence (14) et de particuliers (15). Ces ouvrages, que les étudiants peuvent consulter dans une salle de travail réservée à la spécialité et ouverte de 8h à 19h (!), font une large place aux sujets de civilisation générale d'histoire politique et artistique (16). Les critères de choix des ouvrages sont donc tout à fait pertinents et "modernes" et ne seraient point démentis par les enseignants d'aujourd'hui, à l'heure où l'apprentissage des langues étrangères ne peut se faire sans que ne soient amplement abordés les problèmes de société et l'histoire du pays étudié. Cette modernité dans la façon d'enrichir la bibliothèque de l'institut va de pair avec un effort constant d'information et de mise à jour permanente sur tout ce qui est publié en Italie et sur l'Italie. En cela les notes de lecture et autres recensions publiées périodiquement dans le BFL depuis 1919 sont autant de témoins du formidable travail de recherche effectué par mes collègues d'alors qui ne bénéficiaient pas de l'aide des médias modernes.

Il suffira de parcourir la liste de ces ouvrages donnée en annexe pour s'apercevoir de l'ampleur des champs d'intérêts de MM. Maugain, Tronchon, Kohler (17) et des autres enseignants : de l'ouvrage historique à l'essai littéraire, de la traduction (française ou italienne) à l'Anthologie, des actes de congrès aux nouvelles méthodes de langues. "La lumière méridionale" arrivait bel et bien à Strasbourg, de façon permanente et vivante ; et les notes de lecture ne sont qu'un indice de cet intérêt pour l'Italie. Il existait en effet, au sein de la Faculté des Lettres, d'autres "institutions" favorables à l'échange culturel. Dès le début des années 1920, M. Maugain signale (18) l'existence d'un "circolo" pour janvier 1923 :

  • 04/01 : Conférence du Marquis de Palermo, Consul d'Italie, sur Machiavel.
  • 11/01 : Lecture et musique.
  • 18/01 : La patente, jouée par des membres du "circolo".
  • 25/01 : Conférence de M. Rocheblave, professeur à l'Université, sur "Le voyage à Rome, en 1749, du Chevalier de Vaudières".

Il semble cependant que le "circolo" n'ait pas été à la hauteur de ses ambitions, car rapidement il n'en est plus fait mention dans le BFL. On peut raisonnablement supposer que cette belle "institution" a disparu, faute de moyens ou peut-être, plus probablement, faute de bonnes volontés comme cela arrive fréquemment. Mais le pli semblait pris et la tradition des conférences autour de l'Italie devait perdurer. Parmi les conférenciers italiens il faut mentionner en particulier le 18/11/22, M. Guglielmo Ferrero (historien), docteur honoris causa de l'Université de Strasbourg sur "La crise économique du IIIème siècle", le 20/04/27 M. Alfredo Trambebbi, professeur à l'Université de Bologne, sur "La langue étrusque", en avril 1934 M. Glauco Natoli (19) (lecteur d'italien à la Faculté de Strasbourg), sur "La poésie d'Aleardo Aleardi".

Les professeurs de l'Université intervenaient également, M. Maugain en particulier le 11/01/26 sur "Saint François d'Assise", le 18/01/26 sur "Les compagnons de Saint François".

Il existait également, à la Faculté des Lettres, une autre institution plus originale et qui a survécu jusqu'à la veille de la 2ème guerre mondiale : les réunions du samedi. Au cours de ces rencontres, à un rythme hebdomadaire, semble-t-il, les différents professeurs de la Faculté, selon un ordre du jour thématique (histoire, langues, lettres, religions, etc ...) présentaient et commentaient les publications nouvelles concernant leurs spécialités, rendaient compte des derniers congrès ou des derniers voyages d'études. Lors de ces réunions du samedi, l'Italie et sa culture étaient bien présentes, le plus souvent grâce aux interventions de M. Maugain : ses présentations d'ouvrages n'étaient jamais de simples résumés, mais débouchaient souvent sur un commentaire critique qui permettait à notre illustre collègue de faire le point des recherches sur la question traitée dans l'ouvrage en question. Citons au hasard quelques noms de ses interventions du samedi : le 8 décembre 1928, M. Maugain présente le dernier ouvrage d'Henri Hauvette, L'Arioste et la poésie chevaleresque à Ferrare au début du XVIe, 390 p. Paris, Champion. Il fait ensuite l'éloge de la thèse que vient de soutenir, en Sorbonne, Henri Bédarida: "Parme et la France de 1748 à 1789" publiée ensuite chez Champion, 645 p. Le6 avril 1935, M. Maugain parle de Machiavel qui "est un auteur presque à la mode dans l'Italie contemporaine". Il rappelle ensuite les nombreux ouvrages publiés dernièrement sur cet auteur (20), sans oublier l'intervention de M. Henri Hauvette (21), le 23 novembre 1934 à la séance publique annuelle de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres sur "L'énigme de Machiavel". Il arrive également à M. Maugain de donner un aperçu de ses propres ouvrages, ainsi, le 30 novembre 1935, annonce-t-il la publication imminente de Moeurs italiennes de la Renaissance : I, La vengeance, VIII. 361 p., Paris, Les Belles Lettres (22).

Naturellement, d'autres professeurs de la Faculté intervenaient aussi sur l'Italie, tels, par exemple, MM. Tesnières et Grenier, le 7 janvier 1928, qui annoncent les dernières découvertes des étruscologues italiens et signalent le 1er congrès National Etrusque de 1926 ainsi que le prochain congrès prévu pour 1928. Mais bien évidemment, c'est à M. Maugain que revient la palme des interventions sur le monde italien.

En ce qui concerne les enseignants, ils semblent des plus variés et des plus complets, comme le souligne Gabriel Maugain en 1921, dans la "Revue d'Italie" :"...l'an dernier, les maîtres de la section italienne ont pu, grâce à l'aide amicale de deux collègues historiens, offrir aux étudiants et au public des exercices pratiques et un cours historique de langue italienne, des leçons sur Pétrarque, Michel-Ange, l'histoire politique de la péninsule au XVIIe siècle, les relations intellectuelles de la France et de l'Italie durant la deuxième moitié du settecento, la littérature contemporaine de Carducci à D'Annunzio".

Il est grand temps désormais de nous attarder sur les hommes qui animèrent l'Institut de langues et littératures italiennes et espagnoles, au cours de toutes ces années. A la rentrée scolaire 1919, l'Institut, en ce qui concerne l'italien (23), est doté de 3 enseignants : un Professeur titulaire de la chaire d'Italien : M. Gabriel Maugain ; un Maître de Conférences en philologie italienne et espagnole : M. Eugène Kohler et un lecteur d'italien nommé dès novembre 1919 (24).

M. Kohler, seul ancien alsacien de souche, né le 28/02/1887, entre dans la fonction publique en 1916 (25) et fut nommé Maître de Conférences en 1919. En novembre 1936, à la suite de la transformation de la chaire de langue et littérature en chaire de philologie espagnole et italienne, il devient professeur, titulaire de cette même chaire. A cette date ses titres honorifiques sont déjà respectables : il est commandeur de l'Ordre du Mérite Civil du gouvernement espagnol depuis 1929 et officier de l'Ordre National d'Isabelle la Catholique. En 1938 il sera nommé Chevalier de la Légion d'Honneur au titre militaire. Le 10 février 1940 il est lieutenant dans l'armée française. Le 19 octobre 1945, à la suite du départ en retraite de M. Maugain, il devient directeur d'études pour les langues méridionales. Il prendra sa retraite en 1958 et sera nommé professeur émérite (26). L'essentiel de l'enseignement de M. Kohler, qui par ailleurs intervenait également à l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg (27), portait sur la philologie et le monde hispanique. Mais il ne manquait pas, lorsque l'occasion se présentait, de signaler, par une note de lecture dans le BFL, les ouvrages italiens qui lui semblaient dignes d'intérêts (28).

Gabriel Maugain (né le 10/09/1872 à la Guadeloupe) mériterait une étude bien plus longue que les quelques lignes que je peux lui consacrer. Il faut lire le long article nécrologique que le Doyen Hoepffner lui dédia en 1950, lors de sa disparition, pour comprendre combien Gabriel Maugain marqua, en son temps, l'Université de Strasbourg et ses collègues de la Faculté des Lettres. Il commença sa carrière d'italianisant comme boursier à l'Institut Français de Florence en 1908 où il assura également des cours (29) en tant que Maître de Conférences à Grenoble en 1909 en remplacement de Julien Luchaire (30) Docteur en 1910 (Etude sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1657 à 1750), puis professeur à Strasbourg en 1919 (31).

A mon avis, sa nomination en Alsace ne fut pas le fait du simple hasard, car ses travaux et recherches à vocation comparatiste le destinèrent tout naturellement à Strasbourg où une chaire de littérature comparée venait d'être créée, confirmant et renforçant ainsi la tradition comparatiste de notre Université (32). Son Carducci et la France, sa thèse, son Ronsard et l'Italie, "ont fait autorité" comme le rappelle Michel David (33).

A cette carrière d'italianisant brillante et internationalement reconnue (34), il faut ajouter les nombreuses responsabilités administratives qu'il assura au sein de la Faculté : fondateur en 1922 du BFL qu'il dirigea pratiquement jusqu'à sa mort, élu membre du Conseil de l'Université à partir du 01/11/1922 et jusqu'en 1927 où il succéda au Doyen Pfister. Il restera Doyen jusqu'en 1945 et c'est à ce titre qu'il dut organiser à partir de novembre 1939 le repli de la Faculté de Strasbourg vers Clermont et assura la continuité de l'institution (35), malgré tout, jusqu'au retour à Strasbourg en 1945. C'est avec beaucoup d'émotion que je parle de Gabriel Maugain, car en lisant ses articles, ses chroniques, ses notes de lecture dans le BFL de 1922 à 1950, j'ai été très sensible au dévouement avec lequel il s'est mis au service de l'Université Française de Strasbourg, de ses collègues et des étudiants. L'Alsace fut sa seconde patrie : ce n'était pas sans fierté qu'il relatait (36) les belles réussites des étudiants alsaciens et mosellans aux concours nationaux ; c'est le coeur déchiré qu'il organise le repli à Clermont :le 22 novembre 1939 : Nous sommes loin de l'Alsace et de la Lorraine. Nous avons reçu la mission de transporter notre Université à Clermont-Ferrand et d'y renouveler notre activité. Nous pensons à nos chers collègues appelés aux armées, à nos étudiants qui ont interrompu leurs travaux habituels et revêtu joyeusement l'uniforme, à nos milliers d'anciens élèves venus à nous depuis vingt ans de tous les points de la France, pour s'asseoir sur ces bancs à côté de leurs camarades alsaciens et lorrains. Nous songeons à la flèche symbolique de la cathédrale strasbourgeoise. Nous sommes pénétrés du devoir à remplir, nous le poursuivrons avec ardeur et confiance." (37)

Paradoxalement, c'est grâce à ce français de l'outremer, mais Alsacien de coeur, que la "lumière méridionale" pénétra, pendant une trentaine d'années à l'intérieur de la France, par les marches d'Alsace. L'Université de Strasbourg, qui l'a aujourd'hui oublié, devrait lui rendre hommage car elle lui doit beaucoup. Ce serait une belle occasion de rappeler que l'Alsace est une terre d'accueil qui sait aimer et enchanter ses hôtes jusqu'à en faire ses enfants.

Il existe d'autres hôtes étrangers que la tradition universitaire a toujours accueillis et même souhaités, je veux parler des lecteurs de langue étrangère. Dès le 10 mai 1919, M. Kohler demanda, lors d'un Conseil de Faculté, la création d'un lectorat d'italien. S'il est attesté que cette demande fut accueillie favorablement (38), le premier nom de lecteur d'italien qu'on puisse retrouver (39) est celui de M. Pagliai nommé en 1922 et démissionnaire (j'ignore les raisons) en 1923. M. Ferrari della Torre, "Docteur en lettres" lui succédera dès janvier 1923 et sera reconfirmé chaque année jusqu'en juin 1933 (40). Ce 3 juin 1933, en Conseil de Faculté, M. Maugain propose de nommer M. Glauco Natoli comme lecteur d'italien. La candidature de M. Natoli est chaleureusement recommandée par Henri Hauvette et sera acceptée par le Conseil de Faculté. Avec Gabriel Maugain et plus tard Paul Renucci, Glauco Natoli fait partie de ces grandes figures d'italianistes français et italiens qui, de par leur passage dans notre Université, contribuèrent à ancrer la tradition des études italiennes à Strasbourg au cours de la première partie de ce siècle. Il était né à Teramo en 1908. Lorsqu'il arrive à Strasbourg "en difficulté avec le gouvernement fasciste" (41), il vient d'écrire son Stendhal (publié chez Laterza en 1936) qui marquait le début d'une carrière aux intérêts riches et multiples : "francesista", italianiste, comparatiste (42) mais aussi poète. C'est justement lors de sa période strasbourgeoise qu'il commencera à publier ses premières poésies Risveglio ed altri versi (1934), puis Poesia (1939), fortement appréciées, semble-t-il, par ses collègues strasbourgeois (43). "Glauco Natoli fut un remarquable agent de liaison intellectuelle entre la France et l'Italie" (44). Il restera en poste à Strasbourg jusqu'en 1939 malgré "une situation financière navrante" commune d'ailleurs à tous les lecteurs d'alors (45). Lorsque la guerre éclate il choisit la France et obtiendra un poste de lecteur à Rennes, notre Faculté s'étant repliée à Clermont. Sa carrière fut brillante, en France, puis à l'Université de Florence, après la guerre, où la maladie l'emporta, encore jeune (46).

Maintenant que nous avons une idée des moyens humains mis en oeuvre, intéressons-nous aux moyens financiers dont disposait l'Institut d'Italien et d'Espagnol entre les deux guerres. Les chiffres dont je dispose sont les suivants :

Si le Conseil de Faculté a accepté de relever de 100% les crédits de l'ancien séminaire de philologie romane (50), le crédit alloué à l'Institut ne bouge pas alors que celui de l'Allemand augmente et que celui de l'Anglais reste plus élevé. Certes, dans l'ensemble, les rapports de forces financiers semblent en gros équivalents, mais n'oublions pas tout de même que la somme est allouée pour les deux langues Espagnol + Italien. Pour avoir une vision exacte des choses, il aurait fallu encore savoir le nombre exact d'étudiants en Italien et en Espagnol. Si l'on s'en tient cependant aux rapports de force financiers, on pourrait supposer que le nombre d'étudiants en Italien + Espagnol tend à être égal, voir légèrement supérieur à celui des étudiants en Allemand. Toutefois il faut être très prudent et il y a fort à parier que le rapport de force financier ne correspond pas exactement au rapport des forces étudiantes, et cela pour plusieurs raisons. Dans son rapport sur l'enseignement des langues méridionales en Alsace-Moselle (51), M. Kohler, examinateur du Baccalauréat en 1932, rappelle la situation précaire de l'enseignement de l'Italien et de l'Espagnol dans ces régions. Beaucoup de candidats choisissent ces langues car ils les croient faciles et l'expérience s'avère désastreuse à l'examen (52).

D'autant plus que les exigences du Bac, pour l'Italien, sont élevées : il est indispensable de connaître les Promessi Sposi, mais aussi Dante, Pétrarque et Leopardi. D'autre part M. Kohler fait remarquer qu'on ne peut préparer sérieusement des élèves en regroupant les classes de 4ème et 3ème, les classes de 2de et 1ère avec les terminales. Ce qui nous laissent songeurs sur les conditions d'enseignement de l'italien dans l'académie de Strasbourg à l'époque (53).

D'autre part, l'examen du nombre de candidats aux Certificats et au Mémoire en Italien, ainsi que celles des résultats aux concours, nous permettent d'avoir une idée un peu moins vague sur le nombre d'étudiants italianisants à Strasbourg (54) :

Je n'ai retenu que les années significatives pour l'italien - Je ne dispose pas des chiffres de 1921 pour la Faculté de Strasbourg. Remarquons, enfin, la thèse du Doctorat d'Etat de Madame Thérèse LABANDE-JEANROY, en juin 1925, sur : La question de la langue en Italie, examen critique des données du problème des méthodes et des solutions. Soutenue à Strasbourg, sous la présidence du Doyen Pfister, elle obtient la mention "très honorable" (59).

Même si les résultats ci-dessus sont, somme toute, fort honorables (1 docteur, 4 agrégés, 4 certifiés, 9 DES entre 1921 et 1938) pour une région qui n'avait pas de vocation italianisante avant 1919, ils n'en demeurent pas moins fort modestes et permettent de relativiser fortement ce qui, du point de vue des crédits, nous apparaissait un rapport de force presque favorable. Ceci dit, du point de vue de l'Italien, notre Université, en 1919, partait pratiquement de zéro et il faut tout de même louer l'effort qui a été fait par des hommes de qualité dont je viens de parler et rendre hommage aux résultats obtenus.

La période douloureuse (mais ô combien digne) du repli à Clermont Ferrand voit l'apparition d'hommes nouveaux au sein de la Faculté des Lettres de Strasbourg. Les anciens lecteurs strasbourgeois n'étant plus là, (M. Natoli va à Rennes) on "emprunte" la lectrice italienne de la Faculté de Clermont dont il ne m'a pas été possible de retrouver le nom (60). Le 13 mai 1942, Clermont nomme un nouveau lecteur M. Bogone et demande à notre Faculté une aide financière afin de subventionner le lectorat pendant les prochains mois. Un crédit de 1000frs sera voté à cette fin. Le 31 octobre 1942, la faculté de Clermont réitère la même demande et la Faculté strasbourgeoise accorde une subvention supplémentaire de 1000frs par trimestre pour 4 trimestres. Le 18 mai 1943, M. Bogone est renouvelé comme lecteur commun aux deux Facultés. Le 20 mars 1943, une subvention de 3000frs est accordée pour l'année prochaine, à Mlle Ferrandi, nouvelle lectrice d'italien auprès de la Faculté de Clermont. On remarque donc que tout au cours de cette période la situation financière des lecteurs ne cesse de se détériorer.

Il est probable que leur suppression ait été sérieusement envisagée car le Conseil de Faculté réitère avec force, en juin 1945 (nous sommes encore à Clermont), son désir de maintenir ce poste. A cette fin il propose de porter le traitement des lecteurs à 36 000frs par an en rappelant que jusqu'alors leurs émoluments étaient inférieurs aux bourses d'agrégation. Le 23 septembre 1945, la Faculté, de retour à Strasbourg, prévoit 45 000frs par an pour les lecteurs, en prenant comme référence ce que les Facultés de Paris versent à leurs propres lecteurs. Ceci dit le lectorat d'italien continue d'être sérieusement menacé puisque la Faculté, le 25 juin 1946, demande à ce qu'il soit maintenu. A cette date le titulaire du poste est M. Milani qui était encore en poste en 1955 (61).

C'est à l'époque clermontoise qu'une figure nouvelle apparaît au sein de l'Institut d'Italien et d'Espagnol de la Faculté : en effet, dès janvier 1940, le BFL mentionne le nom de Toussaint Renucci à qui les étudiants doivent rendre des thèmes et des versions. M. Renucci, qui est alors professeur d'italien à l'Université de Clermont a été probablement recruté par Strasbourg comme chargé de cours en remplacement de M. Kohler, lieutenant dans l'armée française. Sa collaboration durera le temps du repli à Clermont, mais elle facilitera probablement la venue de Paul Renucci, fils de Toussaint, à la Faculté des Lettres de Strasbourg. En 1945, à la suite du départ en retraite de M. Maugain, Paul Renucci est élu Maître de Conférences (62). Rapidement la personnalité et la compétence de M. Renucci vont s'affirmer. Outre la qualité des enseignements qu'il assure (63), il faut remarquer également que c'est dans le BFL qu'il publie certains de ses articles importants : en 1947 Gaston Paris et la légende de Trajan dans la Divine Comédie, en 1950 Remarques sommaires sur le principe d'imitation dans le système de Machiavel, en 1952 Dante sous la pluie de Feu (64).

D'autre part, parler de Paul Renucci c'est aussi évoquer les rapports de la Faculté des Lettres de Strasbourg avec l'Italie de l'après-guerre. Il semble en effet, qu'à partir de 1949, La Faculté soit décidée à intensifier ses relations avec le monde italien. Dès cette année-là des contacts sont pris, avec les Universités de Padoue et de Rome, qu'un groupe d'universitaires strasbourgeois a visitées. Des avances sont faites par des collègues italiens en vue d'un échange d'étudiants et de professeurs. La Faculté demande à M. le Recteur d'entrer officiellement en relation avec ses collègues italiens. C'est M. Renucci qui est chargé de prendre les contacts nécessaires pour ce projet tout à fait nouveau pour l'époque.

Dès novembre 1949 M. Renucci se rend à Bologne, Padoue, Pavie et Florence. L'Université de Pavie se propose pour un échange immédiat d'un an, de deux étudiants. M. Renucci remarque que les conditions matérielles d'hébergement sont remarquables et qu'il ne sera pas possible de donner le même confort aux étudiants qui viendront. Toutefois, avant de prendre une décision, la Faculté attend la conclusion d'un accord culturel franco-italien. Le 17 décembre 1945 cet accord est ratifié par les deux pays et prévoit la création d'un InstitutCulturel Italien à Strasbourg.

Au même moment la faculté propose que des "chaires volantes" instituées par le Ministère pour des professeurs étrangers soient attribuées à Strasbourg pour le 2ème semestre 49-50. Il est décidé qu'à cette occasion un ou deux professeurs italiens pourraient être invités. Le 4 février 1950 l'Université envoie une invitation officielle à M. Migliorini, professeur à l'Université de Florence qui doit venir les 24 et 25 février (65).

Un nouvel élan de coopération internationale semble donc être pris et tout au long des années 1950 les invitations de professeurs étrangers à Strasbourg seront nombreuses. On remarque cependant une prédilection pour les hôtes italiens. Ainsi en 1956 la Faculté souhaite-t-elle inviter MM. Contini de Florence, Monteverdi de Rome, Roncallia, professeur de philologie romane à Rome. Nul doute que dans cet engouement pour l'Italie (66), qui est aussi un hommage à la qualité de ses universitaires, la personnalité de Paul Renucci n'ait eu son rôle. Mais il n'était pas le seul, car si nous avons déjà évoqué le rôle de M. Kohler, en poste jusqu'en 1958, il serait injuste d'oublier M. Ricklin, agrégé d'italien en 1933, qui fit une très belle carrière au Lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg et qui longtemps prêta main forte, comme Chargé de cours, à l'Institut d'Italien et d'Espagnol. M. Ricklin fut également l'auteur de Trecentisti minori, Rime scelte, Strasbourg Heitz, 1946 (67), et coauteur avec M. Natoli d'un ouvrage déjà cité (68).

Même si en 1947 les crédits alloués à l'Italien et à l'Espagnol (10 000frs, Allemand : 30 000 frs et Anglais 30 000frs pour une somme totale de 470 000frs pour tous les Instituts) ne semblent pas à la hauteur de ce nouvel essor de l'Italien à Strasbourg, d'autres indices témoignent de la qualité des études italiennes dans cette ville, et en particulier les inscriptions en thèse de Doctorat. En 1951 M. J. Lovreglio, professeur agrégé au lycée du Puy s'inscrit en thèse sur le sujet suivant : G. Papini, l'homme et l'oeuvre ; en 1952 l'abbé Schenardi (69) désire faire une thèse sur Giovanni Semeria. En 1953 on relève une inscription en thèse d'Etat sur L'oeuvre de Moravia (70), des Indifférents au Conformiste. Les chiffres des inscriptions en DES ne sont pas mauvais non plus ; pour la période 1951-54 on en compte 6. Pour la même période on en relève 10 à Aix, 7 à Clermont, 15 à Grenoble, 2 à Nançy, 46 à Paris, 6 à Montpellier, 5 à Lyon, 1 à Lille, 4 à Dijon, 4 à Rennes, 4 à Toulouse.

Les années 1957-58 seront un tournant important pour l'Institut d'Italien et d'Espagnol puisqu'elles verront le départ d'Eugène Kohler vers une retraite bien méritée après 42 ans passés au service de la Faculté, ainsi que le départ de Paul Renucci nommé professeur à la Sorbonne (pour remplacer H. Bédarida, décédé) à partir de décembre 1957, après 12 ans de présence dans notre Faculté. Il sera remplacé par M. Aureas, ancien lecteur à Milan, et qui vient de finir sa thèse de Doctorat (71).

En 1919, les études italiennes à l'Université de Strasbourg partaient de rien. Dès 1922 nous obtenions un agrégé et une certifiée d'italien. Certes le but d'une Université n'est pas uniquement de former des lauréats de concours mais il faut tout de même rappeler qu'après 48 ans d'occupation prussienne et de germanisation à outrance de la population, ces résultats à des concours nationaux français doivent être salués et estimés à leur juste valeur. Comme Eugène Kohler le faisait remarquer encore en 1933, "l'italien, en Alsace-Moselle, est une langue difficile, au même titre que le français (seul l'allemand est facile)" (72). L'Université française de Strasbourg renaissait et les marches d'Alsace renouaient avec leur tradition de "missionnaire des cultures du Sud" (73), accueillaient de grandes figures de l'italianisme moderne telles que Gabriel Maugain, Glauco Natoli, Paul Renucci et plus récemment Robert Perroud. A tel point que Strasbourg faisait figure d'exception dans un pays où les études italiennes, pour des raisons historiques et géographiques évidentes, étaient concentrées dans le Sud-Est de la France (et à Paris). En 1984, Gérard Luciani souligne encore cette exception : « On notera que cette distribution correspond en gros à l'implantation des Instituts Italiens de Culture, avec une addition : Strasbourg, ville "européenne" et Université où la présence de l'italien se relie à une solide tradition de "romanistique" » (74).

C'est dans cette tradition, qui par le passé a donné aux études italiennes de Strasbourg ses lettres de noblesse, que nous devons puiser nos forces pour construire l'avenir.Notre passé nous apprend qui nous sommes, il nous donne le courage d'agir et éclaire notre chemin futur.


Erik PESENTI ROSSI

16 juillet 1995

Notes

(1) Dans Revue des Etudes Italiennes, janvier-décembre 1984, p. 129-192.

(2) ibid., p. 134.

(3) ibid., p. 137 : "helléniste et historien d'art par formation, Gebhart s'employa àpsychologiser le message de Burckart et à séduire le public qui fréquenta pendant des années soncours public de Sorbonne, par ses développements anecdotiques sur les mystiques italiens, sur les Trois couronnes et sur la Renaissance".

(4) ibid., p. 137

(5) Que pourrais-je d'ailleurs ajouter à ce qui a été dit par Michel David dans son très belarticle ?

(6) Giornale Storico della Letteratura Italiana du 1er semestre 1883 au 4ème trimestre 1984 (série complète jusqu'en 1941).

La Critica de 1903 (n°1) à 1943 (série incomplète).

La Rassegna de 1916 à 1940 (complète).

La Cultura de 1923 à 1931 (complète).

Bulletin de la Faculté des Lettres de Strasbourg de 1922 à juin 1968.

L'Italia che scrive : 1918-1943.

Etudes Italiennes depuis 1919.

(7) Certains ouvrages sont frappés du tampon à la croix gammée ; d'autres, en allemand, de la même époque, sont consacrés à Mussolini et au mouvement fasciste.

(8) Comme le rappelle Michel David in op cit.

(9) Voir Strasbourg, capitale du Reichsland Alsace-Lorraine et sa nouvelle université, Oberlin, 1995, ouvrage collectif.

(10) Ma compétence limitée de la langue allemande fait que je préfère laisser à d'autres le soind'éplucher les archives prussiennes concernant la période du "Seminar".

(11) C'est avec un certain pincement au coeur que j'ai ouvert le premier P.V. manuscrit de la première Assemblée de la Faculté des Lettres de l'Université Française de Strasbourg en janvier 1919. On imagine l'émotion des participants ce jour-là ! Lors de la rentrée solennelle de l'Université Française de Strasbourg, le 22 novembre 1919, "l'Italie fut dignement représentée par le professeur Giulio Fano de l'Université de Rome, membre de l'Académie des Lincei. A la suite de cette inoubliable cérémonie, l'Université de Strasbourg décernait le diplôme de Docteur Honoraire à des personnalités étrangères du monde savant, et parmi elles, à quatre illustres italiens, MM. Guglielmo Ferrero, Pio Rajna, Scialoga, Volterra", G. Maugain, "La nouvelle Revue d'Italie", 1921, P. 670. Tous les P.V. (de 1919 à 1961) des Conseils de la Faculté se trouvent aux Archives Départementales du Bas-Rhin (Versement AL 154). C'est là que j'ai puisé une grande partie des renseignements fournis dans cet article. Mes deux autres grandes sources ont été le "Bulletin de la Faculté des Lettres de Strasbourg" (à partir de 1922 ; j'y ferai référence sous le sigle BFL) et la revue "Etudes Italiennes" (à partir de 1919 ; j'y ferai référence sous le sigle EI) ; en moindre mesure j'ai utilisé quelques informations de la "Revuedes Etudes Italiennes" (à partir de 1936 ; j'y ferai référence sous le sigle REI).

(12) Mes chiffres proviennent du BFL. La faculté obtiendra son plus grand nombre d'inscrits en 1931-32 : 822 étudiants. Voir également plus loin les chiffres des résultats aux examens.

(13) En 1919, le crédit hérité du Séminaire de philologie romane étant de 1850frs, les enseignants demandent une augmentation de 100% de ce crédit.

(14) On peut penser que Monsieur Maugain, titulaire de la chaire d'Italien depuis 1919, et ancien boursier de l'institut Français de Florence, aura eu un rôle déterminant dans ce don. pour la carrière de Monsieur Maugain, voir plus loin.

(15) Par exemple, en 1930, Mme de Bouchard fait don à l'Institut de la collection complète des oeuvres de son époux décédé P. Bouchard.

(16) Comme le dit M. Maugain lui-même dans le BFL.

(17) Voir plus loin les renseignements biographiques sur ces personnes.

(18) Dans le BFL.

(19) Pour Glauco Natoli, voir plus loin les informations biographiques données.

(20) Voir en annexe la liste des notes de lecture sur l'Italie dans le BFL.

(21) Sur Henri Hauvette, voir Michel David, op cit., passim.

(22) Voir en annexe mon essai de bibliographie de Gabriel Maugain.

(23) Pour l'espagnol, mes informations sont plus maigres : outre M. Kohler qui s'occupait du domaine espagnol, il y avait également dès 1919 un lecteur : M. Del Rio.

(24) Je n'ai pas pu retrouver le nom de ce premier lecteur ; pour ses successeurs, voir un peu plus loin.

(25) En 1928, M. Kohler est Maître de Conférences, 2ème classe depuis le 1er octobre 1923, et a 12 ans et 3 mois de service public au 01/12/28 (tableau du personnel du Ministère de l'Instruction Publique).

(26) J'ignore l'année exacte de sa mort.

(27) C'est ce que nous apprend le BFL en 1950.

(28) Voir annexe. Mais je signale en particulier la note de lecture de 1937 signalant l'ouvrage de 2 collègues strasbourgeois italianisants : Glauco Natoli et Albert Ricklin : Poètes italiens contemporains, publication de la Faculté des Lettres de Strasbourg, série textes d'études, n°6, Paris, Les Belles Lettres, 1936, 122.X p.. Pour G. Natoli et A. Ricklin, voir plus loin.

(29) Comme le rappelle Michel David, op cit., p. 153 et 156.

(30) Sur J. Luchaire voir M. David, op cit., passim.

(31) Au 31/12/28, selon le tableau du Ministère de l'Instruction Publique, M. Maugain est professeur de 1ère classe (46 000frs/an). il est professeur depuis le 1er janvier 1944 et totalise à ce jour 29 ans et 3 mois de service public. En ce qui concerne les traitements, voici, à titre indicatif, quelques éléments de comparaison : la même année, M. Kohler, MCF, 2ème classe, touchait 32 000frs/an. Le traitement d'un lecteur s'élevait de 800 à 5000frs/an en 1931. Un agrégé de lycée débutant touchait 26 000frs/an à la même époque. En 1932, les droits d'immatriculation annuelle à l'Université s'élevaient à 150frs. En 1926, un administrateur en chef des colonies touchait 93 000frs/an.

(32) L'Alsacien Fernand Baldensperger (auteur de Goethe en France, 1904) devait occuper cette chaire, puis Henri Tronchon à partir de 1923. Ce dernier, né en 1877, mourra à Clermont en 1949. Voir son article sur l'histoire de l'Institut de Littératures Comparées à Strasbourg, dans le BFL, 1er janvier 1926.

(33) Op cit., p. 156.

(34) Gabriel Maugain était : Docteur Honoris Causa de l'Université de Bruxelles (1930),

Officier de la Légion d'Honneur (1933), membre de l'Académie romaine des Arcadi (1934).

(35) Et du BFL !

(36) Dans le BFL.

(37) Gabriel Maugain, BFL, novembre-décembre 1939.

(38) Cf. note 24.

(39) Dans le BFL de 1922.

(40) Je n'ai malheureusement pas pu trouver d'autres informations sur M. Ferrari.

(41) Comme le rappelle Charles Dédéyan dans son article nécrologique de la Revue des Etudes Italiennes d'avril-juin 1966.

(42) Il collaborera à la Revue de Littérature Comparée et à la Rivista di Letterature moderne e comparate.

(43) Dans sa note de lecture sur Poètes italiens contemporains (cf. note 28) M. Kohler regretteque G. Natoli n'ait pas fait figurer quelques unes de ses poésies dans cette anthologie.

(44) Charles Dédéyan, op. cit.

(45) Le 5 novembre 1938, M. Le Doyen Maugain propose d'accorder une subvention de 500frs au lecteur d'italien et annonce que le Ministère songe d'ailleurs à améliorer la situation financière des lecteurs.

(46) Cf. Charles Dédéyan op. cit.

(47) Mais les professeurs ont dépensé 2625,50frs.

(48) En 1927 le crédit total pour les Instituts de la Faculté s'élevait à 60 000frs.

(49) Les professeurs ont dépensé 2017,95frs.

(50) Cf. note 13.

(51) Dans le BFL, février 1933.

(52) M. Kohler remarque que les candidats mosellans sont mieux préparés ; à Thionville, par exemple, il y a un enseignement complet au lycée.

(53) Le rapport du jury d'agrégation d'italien de 1924, (président Henri Hauvette) et dont M. Maugain était membre, va dans le même sens au niveau national. Il rappelle que le titre d'agrégé n'assure pas une nomination immédiate (!) : en 1924 une agrégée de 1922 et une autre de 1923 attendaient encore un poste. M. Hauvette réclame la création de chaires dans les lycées car il n'y en a pas eu depuis 3 ans.

(54) Données tirées du BFL ainsi que des EI.

(55) En juin 1931 Mlles De Peretti et Maquet, toutes deux institutrices à Uckange (Moselle) demandent à être nommées au collège de garçons et aux cours secondaires de jeunes filles de Sarrebourg, afin de continuer dans de meilleures conditions leurs études d'italien. En outre, ces deux jeunes filles ont demandé et obtenu (grâce à l'intercession de M. Maugain) du Rectorat, la subvention de 1000frs chacune pour aller passer un mois en Italie pendant l'été 1931. Michel David in op. cit. , p. 148, rappelle que les concours d'Agrégation et CAEI (futur CAPES) d'italien et d'espagnol furent ouverts pour la première fois en 1900 (mais le décret datait de 1895). En 1906 il devient indispensable d'avoir un DES pour se présenter à l'agrégation. A partir de 1919 le concours fut désormais interdit aux candidats ayant dépassé 30 ans sans avoir accompli de services publics : la première victime en fut Thérèse Labande-Jeanroy (cf. note 59). L'agrégation offrait deux places en italien en 1900.

(56) Mention Très bien

(57) Mention A. bien.

(58) Mlle Muster sera reçue au concours du Professorat des Ecoles Normales, section italien, en 1937. En 1938, Mlle Krauss (strasbourgeoise) sera reçue à ce même concours, section italien.

(59) Outre le Doyen Pfister, le jury était composé de MM. Hauvette, Maugain, Kohler. Les rapporteurs étaient MM. Hoepffner et Terracher. La thèse complémentaire était intitulée :La question de la langue en Italie de Baretti à Manzoni. L'unité linguistique dans les théories et les faits.La thèse principale fut publiée en 1925, publications de la Faculté des Lettres de l'Université de Strasbourg, 264 p. Thérèse Labande-Jeanroy devait mourir prématurément en 1933. Cf. la nécrologie que lui consacre Henri Hauvette dans EI 1934.

(60) Je réserve pour plus tard une étude approfondie sur la période clermontoise.

(61) Pour l'année 1954-55, par exemple, M. Milani s'occupait des cours de thème, d'un cours sur Donatello et d'un autre sur les "Poeti lirici del Novecento".

(62) Malgré les apparences, la nomination de Paul Renucci ne fut pas sans difficultés, car le Ministère essaya d'imposer une autre candidate qui depuis est devenue tout aussi célèbre que Paul Renucci dans le monde de l'italianisme. Le Doyen Hoepffner dut aller personnellement au Ministère pour imposer la nomination de P. Renucci qui avait l'appui total de M. Bédarida. Dès 1946, Renucci participe à l'Assemblée de la Faculté des Lettres de Strasbourg.

(63) Par exemple, pour l'année 1951-52, M. Renucci parlera de "L'art de la composition et du récit dans la Divine Comédie" et de Léonard de Vinci. Pour 1954-55 il s'occupera de la préparation aux concours. Agrégé en 1936, il soutiendra sa thèse en 1950.

(64) Remarquons, à cette occasion, qu'à partir de l'après-guerre le BFL se transforme peu à peu et accueille de plus en plus des articles inédits et autres essais.

(65) A vrai dire, aux termes du vote du Conseil de Faculté du 17/12/49, c'est M. Chabod, professeur à Rome, qui avait obtenu le plus grand nombre de voix (115) alors que M. Migliorini était arrivé dernier avec deux voix derrière Maiuri de Naples, Ungaretti de Bologne, et Cuzzatto de Padoue. Faut-il en déduire que tous ces collègues ont refusé l'invitation deStrasbourg ? De même, en octobre 1950, M. Maiuri annonce qu'il ne pourra se rendre à Strasbourg.

(66) Citons encore, à la même époque, la venue d'un autre conférencier italien à Strasbourg : le 22 novembre 1950, M. Pettazzoni de l'Université de Rome qui vient d'être fait Docteur Honoris Causa de l'Université. A cette occasion était présent le Consul d'Italie et ce pour la première fois depuis la guerre.En 1960, le linguiste Devoto sera fait Docteur Honoris Causa de l'Université. En 1961 les auditeurs de l'Université populaire de Strasbourg se répartissent ainsi, en ce qui concerne les langues : italien 201allemand 292espagnol 152anglais 465Sur un total de 1409 auditeurs.

(67) E. 1927-28 M. Ricklin était président de l'amicale des Lettres.

(68) Cf. note 28

(69) Augustin Schenardi avait déjà soutenu son DES, en 1959, sur Padre Giovanni Semeria, oratore . M. Kohler, au cours d'un Conseil de Faculté (21 novembre 1952) trouve ce sujet "un peu mince" pour en faire une thèse.

(70) Moravia est orthografié "Moraira" dans le PV du Conseil de Faculté du 20 juin 1953. Toutes ces thèses sont naturellement dirigées par M. Renucci.

(71) A vrai dire le Ministère avait proposé M. Boudard car il était "qualifié". Mais M. Renucci déconseille cette candidature car M. Boudard ne semble pas "prêt" (bien qu'il fût alors détaché au CNRS et qu'il procédât à l'achèvement de sa thèse : "Relations intellectuelles entre Gênes et la France à la fin du XVIIIe siècle et l'Administration de la Ligurie entre 1753 et 1814").

Finalement le résultat du vote fut le suivant : 1ère ligne 2ème ligneAureas 22 01Nicolas 03 14Ricklin 04 01 blancVote du 29/05/58A cette époque, M. Jean Nicolas était assistant à la Faculté des Lettres de Paris. Il devint ensuite Professeur à la Faculté de Nice. La candidature de M. Ricklin avait été proposée par M. Kohler afin de récompenser ses mérites.

(72) Dans le BFL. Gabriel Maugain n'avait de cesse que de rappeler également, avec fierté, le mérite des Alsaciens-Mosellans qui se présentaient aux concours nationaux français.

(73) A. Jeanroy, cité par M. David; op. cit., p. 137.

(74) G. Luciani, Revue des Etudes Italiennes, janvier-décembre 1984, cit. p. 26.

Bibliographie de Gabriel Maugain

Étude sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1657 à 1750 environ. Paris, Hachette, 1909, (couronné par l'Académie française).

Documenti bibliografici e critici per la storia della fortuna del Fénélon in Italia. Paris, Champion, 1909.

L'Italie dans quelques publications de Jésuites français. Paris, Champion, 1910.

Boileau et l'Italie. Paris, Champion, 1912.

Giosuè Carducci et la France. Paris, Champion, 1914.

L'opinion italienne et l'intervention de l'Italie dans la guerre actuelle. Paris, Champion, 1916.

Thiers et son histoire de la république de Florence. Etude accompagnée de 23 lettres inédites de Thiers. Grenoble, 1918. (Annales de l'université de Grenoble, T. XXX).

Les manuscrits de Carducci. "Etudes italiennes", 1924.

Ronsard en Italie. (Publications de la Faculté des Lettres de Strasbourg), Paris, Les Belles Lettres, 1926, (couronné par l'Académie française).

Pétrarque et l'art de l'amitié. "Etudes italiennes", 1927.

Rome et le gouvernement pontifical au XVIIIème siècle, d'après des voyageurs français. "Etudes italiennes", 1928.

Le Français en Italie au XVIIIème siècle. (dans Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française, T. VIII). Paris, Armand Colin, 1934.

Moeurs italiennes de la Renaissance. La Vengeance. (Publications de la Faculté des Lettres de Strasbourg), Paris, Les Belle Lettres, 1935.

L'humanisme italien en France avant 1515. "Etudes italiennes", 1936.

Ouvrages italiens présentés par M. Maugain dans le "Bulletin de la Faculté des Lettres" (1927-1947)

1927

M. Mazziotti, Napoleone III e l'Italia, studio critico, Milano, Unitas, 1925.

G. Natoli, Idee, costumi, uomini del Settecento, studii e saggi letterari, Torino, 1916.

A. Galletti, Poeta, poesia e storia, Milano, Risorgimento, 1926.

1928

M. TH. Laignel (agrégé d'italien au lycée de jeunes filles de Lyon), La littérature italienne, Paris, Armand Colin, 1926.

F. Picco, Il cavalier Marino, Roma, Formiggini, 1927.

F. Picco, Salotti francesi e poesia italiana nel seicento, Torino, 1903.

G. Cocchiara, Folklore, Milano, Hoepli, 1927.

1931

F. Picco, Molière, Firenze, Le Monnier, 1930.

1934

Mélanges de philologie, d'histoire et de littérature, offerts à H. Hauvette, Paris, Les Presses françaises, 1934.

H. Hauvette, La morte vivante, Etudes de littérature comparée, Boivin et Cie, Paris, 1933.

C. Guerrieri Crocetti, G.B. Garibaldi ed il pensiero critico del secolo, Milano, Genova, Napoli, Roma, Dante Alighieri, 1932.

H. Bédarida, Théophile Gautier et l'Italie, Paris, Boivin et Cie, 1934.

A. Caraccio, Ugo Foscolo, l'homme et le poète (1778-1827), Paris, Hachette, 1934.

J. Gay, Un siècle d'histoire italienne. Les deux Romes et l'opinion française.
Les rapports franco-italiens depuis 1815,
Paris, Alcan, 1931.

G. Mollat, La question romaine de Pie VI à Pie XI, Paris, J. Gabalda, 1932.

E. Barincou et S. Camugli, L'Italie par les textes, Paris, Hachette, 1934.

N. Machiavelli, Il principe. (Introduzione e commento di Paolo Treves), Napoli, Rondinelle, 1934.

1936

E. de Balasy et V. Funaro, L'italien d'aujourd'hui par les textes, préface de M.P. Ronzy, Paris, Hatier, 1937.

Le giornate di studi franco-italiani (dans "Cooperazione intellettuale", bollettino edito dalla commissione nazionale italiana per la cooperazione intellettuale, Roma, via del conservatorio).

F. Neri, I "Pellegrini" di Parigi, Torino, R. Accademia delle Scienze, 1935.

H. Bédarida et P. Hazard, L'influence française en Italie au XVIIIème siècle, Paris, Belles Lettres, 1934.

V. Modigliani, Les procès célèbres de l'Italie, Paris, Payot, 1936.

1946

La bibliografia italiana, 1941 : recueille et décrit les principaux travaux d'ordre bibliographique parus en Italie de 1921 et concernant le livre italien.

Ouvrages italiens présentés par Henri Tronchon

1929

I. Siciliano, Dal romanticismo al simbolismo, Théodore de Banville (1823-1891), Torino, Bocca, 1927.

1931

T. Napione, Studi sulla fortuna di Chateaubriand nella letteratura e nell'arte italiana, Paravia, 1928.

Ouvrages italiens présentés par Eugène Kohler

1936

L. da Porta, Novella di Romeo e Giulietta, Bib. Romanica, Strasbourg, Heitz, n° 317, publié avec une introduction de M. A. Ricklin, professeur au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg.

1937

G. Natoli et A. Ricklin, Poètes Italiens contemporains, publication de la Faculté des Lettres de Strasbourg, n° 6, Paris, Les Belles Lettres, 1936.

1946

A. Ricklin, Trecentisti minori, rime scelte, Strasbourg, Heitz, 1946.

Articles de Paul Renucci publiés dans le "Bulletin de la Faculté des Lettres de Strasbourg"

Novembre 1947

Gaston Paris et la légende de Trajan dans la Divine Comédie.

Juin 1950

Remarques sommaires sur le principe d'imitation dans le système de Machiavel.

Juin 1952

Recension de Dante sous la pluie de feu, d'André Pézard, 1950.

1954

Recension de La critica dantesca contemporanea, d'Aldo Vallone, Nistri-lischi, 1953.

Recension de Illuminations, d'Arthur Rimbaud, Traduction italienne en regard du texte et introduction de Mario Matucci, Firenze, Sansoni, 1952